08 novembre 2008
19: Naissance d’Ortie.
BenSchmark avait accouru aussi vite que possible au Bauhaus. Le mauvais pressentiment qu’il avait eu la nuit dernière en entendant une déflagration déchirant la nuit calme de Carcéral prenait tout son sens et il constatait désormais l’ampleur des dégâts. La voûte de la Grandiose Basilique avait été littéralement pulvérisée par la violence de l’impact d’un Missile tiré à quelques provinces de là par un Général Confédéré.
C’est avec angoisse qu’il se précipita dans l’édifice, se frayant un chemin parmi les décombre carbonisé et encore fumant. Où était-elle ?
Il la trouva inanimée près de l’autel, son cœur battait encore faiblement, BenSchmark entrepris alors de mettre en application les cours de médecine qu’on lui avait enseigné il y a fort longtemps sur les bancs de l’université cependant, il dût rapidement se rendre à l’évidence que le jour était venu de payer son manque total d’intérêt pour cette discipline.
Il décida donc de se tourner vers Celui Qui Siège pour qu’IL leur vienne en aide en se disant qu’il était plus facile de réveiller des gens à coup de Caillasses sur le crâne qu’avec une plante médicinale.
C’était particulièrement difficile d’ouvrir les yeux. Les oreilles bourdonnaient encore.
Fitz fit un effort qui lui paraissait inhumain, mais réussi à ouvrir les yeux.
Ce qu’elle vit la sidéra.
C’était bien le soleil qu’elle sentait sur elle, oui. Mais elle était à l’intérieur de sa basilique!
Comment cela était possible?
Fitz tourna la tête lentement, et s’aperçut que le dôme centrale était absent?
Tous les débris au sol venaient donc de ça.
L’autel avait reçu une parti du dôme: il était brisé en deux. Un si bel autel!
Fitz avait été tirée dans un coin un
peu plus propre que les autres. une couverture la recouvrait, ses
plaies avaient été pansée.
La personne qui avait fait ça ne devait pas être experte, mais Fitz fut touchée par le geste.
Elle finit de se soigner, et alla s’informer sur la situation.
Le Bauhaus était repassé confédéré, il fallait agir.
Au fur et à mesure que les informations lui parvenaient, la colère de Fitz grandissait.
Le contre coup du missile commençait à se faire sentir, Fitz avait encore plus au dos, et son bas ventre la faisait souffrir.
Les contractions se rapprochaient, beaucoup trop au vu du délai qu’il restait.
L’après-midi passait, et Fitz avait
du s’assoir une bonne partie de cette dernière car les contractions
avaient redoublé d’intensité.
Ce n’était pas normal.
Fitz avait réussi à se mettre debout. L’autel qui se trouvait au centre lui avait été d’une grande aide.
Allongée, assise, maintenant debout. Quelle position serait la moins douloureuse? Elle la cherchait toujours.
La colère bouillait en elle.
Ce missile n’aurait jamais du arriver là. Meurdoc n’aurait jamais du tirer! Il allait le regretter.
Et maintenant, voila le résultat! Fitz n’était pas à terme, elle ne devait pas accoucher maintenant, c’était trop tôt.
Fitz était trempée de sueur, les contractions se suivaient. Chacune était plus violente et douloureuse que la précédente.
Naar… Aidez-moi!
Elle était essoufflée. Sa respiration était difficile, et sa concentration faisait qu’elle oublier presque de respirer.
Fitz se remémora ses cours de médecine. Elle savait ce qu’il fallait faire.
Pourquoi ca se passerai mal? Il n’y avait aucune raison! Strictement aucune.
Sauf que là, elle n’était pas médecin, mais femme.
Elle n’était pas calmement assise ou debout devant sa patiente.
Elle était la patiente. Et sans médecin!
Il n’y avait aucune raison pour que cela se passe bien. Absolument aucune.
Son mari était là, oui. Mais que faire dans de pareils moments?
Fitz se sentait seule, physiquement seule.
Une contraction lui arracha un cri aigu.
Sous la douleur, ses jambes lâchèrent prise. Fitz se retrouva à nouveau à genoux, accrochée à l’autel de Naar.
La lumière tardive du soleil filtrait encore par le toit effondré.
Le soleil déscendait et attendrait l’horizon bientôt.
Fitz se retrouverai dans le noir.
Concentre-toi et respire!
Concentre-toi et respire!
Fitz se donnait des conseils à elle même.
Mais son corps refusait de l’écouter, la nature la dirigeait.
Nouvelle contraction, nouveau cri suivi d’une respiration saccadée.
Fitz avait la tête pendante, les cheveux collés en mèches par la sueur.
Les ongles de Fitz grattaient le marbre dur de l’autel. Ils y avaient même laissé une petite trace.
Un marbre si dur.
Elle n’avait jamais senti son bassin aussi lourdement qu’à ce moment.
Fitz avait l’impression qu’un bloc de pierre était attaché à une ceinture lui ceignant les hanches.
C’était trop dur, elle ne tiendrai pas.
La douleur lui rappelait sa torture dans les geôles confédérées, où elle avait été battue.
Si intense, si paralysante, si stridente!
Comme résister.
Fitz laissa s’echapper un bruit entre le
gémissement et le cri, elle essayait de refuser la douleur mais
celle-ci s’imposait à elle.
Il fallait aider l’enfant à sortir, à tout prix.
Il ne fallait pas rester trop longtemps comme ça, autrement il mourrait!
L’idée d’avoir supporté ces longs mois pour rien lui redonna de la force et du courage.
Elle se concentra, inspira profondément et poussa.
Quand elle rouvrit les yeux, elle vit le sol devant elle, entouré de ses long cheveux noirs.
Ses genoux s’étaient écartés, de manière à faire de la place pour l’enfant.
Il était presque là! Presque là!
Quelques ultimes efforts, et ce serait fini!
Fitz respira à grandes bouffées, mais de manière saccadée.
Décidée d’avancer, elle inspira profondément.
Dans un silence inattendu, Fitz contracta violemment son bas ventre.
Son visage si souvent calme et posé devint rouge de douleur, la même qu’on pouvait lire sur ses traits.
L’enfant n’était toujours pas là, elle recommença.
Et encore une fois.
L”enfant avançait doucement.
Fitz leva la tête au ciel, afin de demander grâce. Qu’avait-elle fait pour mériter pareille épreuve?
Une nouvelle fois, elle se prépara à inspirer. Elle arracha un peu plus de marbre à l’autel délabré et poussa un grand cri strident.
D’un coup, elle se senti libérée.
La ceinture avait été coupée, retirée, ou alors le poids avait été sectionné.
Peu importait cela, mais Fitz ne sentait plus la force qui la faisait tant souffrir quelques instants avant.
A bout de souffle et tremblante, elle se baissa, et vit un petit humain qui remuait.
Physiquement épuisée, elle prit son enfant dans ses bras et la serra contre elle.
Car oui, ce n’était pas un garçon comme elle aurait voulu, mais une fille.
Et elle avait des yeux… de magnifiques yeux.
Sa fille était Brune, et cela n’avait rien d’étonnant: c’était tout à fait normal. Fitz en était fière!
Malheureusement, Fitz ne put admirer plus longtemps ca fille.
Quand elle senti une nouvelle contraction, elle la déposa doucement sur le marbre froid malgré ses cris.
Fitz avait encore à faire, mais cela serait bientôt fini.
C’était beaucoup moins douloureux de finir le travail. Et plus rapide.
Fitz laissa donc ce qui avait protégé son enfant pendant toute la grossesse s’en aller.
Elle était à nouveau entièrement seule dans son corps.
Quand réalisa que ce qu’elle redoutait tant était fini, elle rouvrit les yeux d’une manière neuve.
Son enfant bougeait devant elle, sur l’autel.
Qu’elle était belle…
Fitz l’admirait!
Tendrement, elle saisit le nourrisson dans ses bras.
Pour la deuxième fois, elle senti son léger poids.
Pour la deuxième fois, elle sourit en la regardant.
Qu’elle était belle!
Ortie… Pas plus qu’un murmure, pas plus qu’un souffle discret. Fitz se releva, terriblement faible, et parcourue sur tout son corps de frisson. Marchant sur les gravas du dôme, Fitz se dirigea doucement et tremblante vers la chambre encore intacte. Elle ne pouvait s’empêcher de l’admirer tellement elle était belle. Fitz glissa ses pieds gelés sous les couvertures, et les remonta jusqu’au cou. La chaleur retenue par les couvertures l’engourdit rapidement, et eut raison d’elle.
Mais tellement d’amour dans le ton employé!
La sueur froide n’est jamais bonne.
Elle se laissa tomber doucement sur le lit, et s’allongea, toujours sa fille dans les bras.
Elle tenait tout contre elle Ortie, sur sa poitrine aux formes si maternelles.
La journée avait été bien trop longue et riche en émotions.
Le corps de Fitz lui dictait de fermer les yeux immédiatement. Mais
elle ne pouvait s’empêcher de regarder sa fille, de la dévisager.
Lorsqu’Ortie ouvrit la bouche et laissa un «Gah ! » s’échapper, Fitz ne
put s’empêcher de sourire.
Fitz sombra dans un profond sommeil, toujours le sourire au coin des lèvres.
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